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Et oui, ici, c'est Acabe, avec un "E" à la fin.

A pour Auditoire-juge, puisque c'est lui que l'on va tenter de convaincre en rhétorique, et pas mon poisson rouge. Pour cela, je dois le connaître (naître avec), faire son portrait-robot le plus précis possible.

Pour cela, j’utilise la méthode Acabe. Le rhéteur conseille l’auditoire-juge qui existe uniquement pour choisir, décider, trancher, juger.

C pour Convaincre, c'est-à-dire vaincre avec - et non vaincre l'auditoire-juge comme l'affirme Clément Viktorovitch (Le Pouvoir rhétorique). Le rhéteur accompagne l'auditoire-juge. Il est à son service. L'auditoire-juge, en rhétorique, n'est pas un ennemi à vaincre. Il est un ami, dont on partage les doxas, ou opinions communes, et les figures titulaires (De Gaulle pour les gaullistes). Si je dois vaincre avec lui, c'est donc qu'il faut vaincre ensemble une difficulté : le brouillard qui empêche de voir clairement quel est le meilleur moyen, ici et maintenant, pour le Bien de la cité. Dès lors, la rhétorique est bien l'art de convaincre et l'art de persuader (Aristote, Rhétorique). Convaincre veut dire vaincre avec. Comme compagnon veut dire celui avec qui je partage le pain. Persuader veut dire conseiller avec force. Le sophiste rajoute du brouillard. Le rhéteur dissipe le brouillard et éclaire le chemin.

A pour Appel à action, puisque tout discours rhétorique a un seul objet : appeler l'auditoire-juge à agir, à choisir le moyen que je défends comme le meilleur, hic et nunc, ici et maintenant, en vue du Bien objectif de la cité. Pour qui voter ? Faut-il modifier l’âge de départ à la retraite ? Faut-il envoyer des soldats français en Ukraine ?

B pour Bien objectif de la cité. Protagoras le relativiste (et tous les sophistes ensuite) affirme que "l'Homme est la mesure de toute chose". Et qu'une chose n'existe que si je dis qu'elle existe (subjectivisme). Or, toute chose étant définit pas sa finalité, le Bien objectif de la cité existe indépendamment de mon regard. Tout comme ma femme existe même si je ne la regarde pas ou que je suis mort.

E pour Eloquence. Oui, l'éloquence est nécessaire au discours rhétorique. Mais elle n'est qu'un outil au service de l'outil rhétorique. Soyez réalistes et ne vous fiez pas à tous ces "coachs d'éloquence" qui vous promettent de vous enseigner comment convaincre tout le monde, sur tout, partout, tout le temps. Même Isocrate, Grand Maître sophiste l'écrit : "Ces hommes qui veulent être considérés comme sages [= sophistes] vous offrent pour le prix de quatre ou cinq mines ce qu'il y a de plus précieux, la vertu universelle et la félicité ; ils disent qu'ils ne manquent ni d'or ni d'argent, bien qu'on les voie, pour un modique salaire, promettre tout à leurs disciples, excepté l'immortalité " (Contre les sophistes). Le bon style (haut, moyen, bas) est celui qui correspond aux besoins et attentes de l'auditoire-juge. Et non le contraire. L'éloquence est le papier cadeau qui emballe le cadeau. L'argumentation est le cadeau. La rhétorique est l'ensemble.

Alors, bienvenu dans le monde réel, le monde de la rhétorique du réel. Ici, la rhétorique est la technique et l'art qui, dans les matières à débat, permettent de trouver (inventio) et d'organiser (dispositio), en une seule, les preuves (logique, logos ; et psychologiques, ethos et pathos) qui peuvent convaincre l'auditoire-juge que le moyen que je défends est le meilleur, dans ces circonstances, en vue du Bien objectif de la cité.

Le sophiste est un magicien qui vous dit de regarder ici quand le tour est là. Il vous prend dans ses filets pour son but (habituellement, faire du fric). Il est le maître du maquillage (Platon), de l’apparence (Aristote). Il nie votre caractère (Théophraste). Il oppose sans cesse, créant de la désunion (saint Augustin). Le rhéteur, au contraire, va tenter d’unir, de réunir, de réconcilier le bien particulier de l’auditoire-juge (ses « droits ») ET le Bien objectif de la cité (ses « devoirs »). Parce qu’un acte politique a des conséquences immédiates ET futures. La rhétorique consiste donc à proposer le meilleur choix et, dans l’idéal, qui réconcilie enjeu immédiat et enjeu ultime.

Ici, nous proposons donc des émissions donnant les bases de la rhétorique du réel.

Ainsi que des critiques, positives et négatives, des grands maîtres de la rhétorique et de la sophistique.

Des critiques de discours politiques. Anciens (par exemple : les Philippiques de Démosthène). Modernes (le combat argumentatif Pétain-De Gaulle, ou I have a dream de Martin Luther King). Actuels, venant de l’Hyper Gauche, de l’Hyper Centre et de l’Hyper Droite. Vous découvrirez alors ceux qui gagnent en profondeur. Et pourquoi ils gagnent.

Thomas Grimaux

Dernier titre paru : La Force la rhétorique, Ellipses, mars 2026.